LETTRE DE BALTHAZAR (30)

De Rio Grande do Sul à Santos (Brésil)

du Vendredi 18 Mars 2011 au Mardi 29 Mars 2011

« Allo Jean-Pierre c’est Maurice. Il y a une tuile. BALTHAZAR vient d’être foudroyé. Il y a depuis plusieurs heures un orage énorme. Nous avons eu une boule de feu dans le carré avec une détonation très sèche ! Dany en est encore éblouie. L’antenne RR en tête de mât est détruite, j’ai ramassé des bouts de plastique et un morceau d’électronique grillé sur le pont du bateau voisin. Le PC du bord ne s’allume plus ainsi que le radar qui ne balaye plus. Je n’arrive pas à réarmer le disjoncteur des postes de radio qui a disjoncté………. ».

Je suis à Meudon ce Vendredi 11 Mars et Maurice, que Dany a rejoint à notre retour de l’Antarctique pour faire du tourisme en Argentine et au Brésil, me téléphone du bord dans la petite marina du Rio Grande Yacht Club. Ils ont très gentiment fait un grand nettoyage du bateau ainsi que les vidanges moteur et groupe et quelques autres travaux de maintenance et s’apprêtent à rentrer en France ce soir. Tonnerre de Zeus! Un coup de foudre direct cela fait mal et je m’attends à trouver beaucoup de dégâts en arrivant. Certains bateaux en plastique, écoulant mal la charge électrique énorme, prennent feu !

Depuis près de 35 ans que je bourlingue, ayant parcouru près de 60.000 milles, cela devait m’arriver un jour. Je me remémore quelques orages fameux qui éblouissaient en pleine nuit Marine. Celui du mouillage d’Eau Bouillante dans la baie de Carthage. Des éclairs aperçus de très loin que je baptisais négligemment de chaleur (ils étaient encore trop loin pour que nous entendions le tonnerre), sans convaincre d’ailleurs Jean mon beau-frère sceptique quant à cette qualification, se rapprochaient en devenant impressionnants : équipier(e)s d’alors dont Miss Punique (alias Albertine, baptisée ainsi car elle ne se lassait pas de parcourir en tous sens les ruines de Carthage) vous souvenez-vous de la manœuvre précipitée pour entourer Marines d’une guirlande faite avec la chaîne de mouillage entourée aux haubans et pied de mât et trempant dans l’eau pour espérer mieux écouler la charge descendant du mât ? Nous ne fûmes pas foudroyés mais criblés de grêlons gros comme des œufs de pigeon. Quand nous sortîmes du carré dans le cockpit, encore assourdis par le vacarme et le martèlement de ce bombardement sur le pont, nous marchâmes sur un épais tapis de très gros grêlons qui avaient perforés comme des balles de fusil les panneaux souples transparents de la capote. Michel (Guyot, alias Michel des cannes à pêche, mari de miss Punique), Mathieu (Morel) vous souvenez-vous de ce retour sans moteur, par pétole, comme toujours dans ces cas là, de Grèce en Sicile, pour y faire changer à Catane l’inverseur de Marines, qui avait rendu l’âme? En pleine nuit là encore nous avions été les spectateurs aux premières loges d’un orage titanesque qui avait duré plus d’une heure. Les éclairs n’en finissaient pas de zébrer le ciel et de nous aveugler. Nous ne pouvions que rentrer la tête dans les épaules, fascinés par ce spectacle des forces déchaînées que la Nature peut parfois libérer (la tension de claquage à l’origine d’un éclair est de l’ordre de 50 millions de volts et les champs électriques correspondants de l’ordre de 5 à 10000 Volts /m !). Promeneurs aplatissez-vous, le pouvoir des pointes, en l’occurrence cette fois-ci l’ antenne en tête du mât de Balthazar, de loin le plus haut de cette petite marina, n’est pas une blague !

Vendredi 17 Mars. Arrivé la veille en compagnie de Jean-Pierre (Merle) et Marco (Jaffrezic) ma priorité est de monter en haut du mât et faire le tour des haubans et cadènes pour voir s’il y a des brûlures, fusions ou dommages mécaniques. Je ne décèle pendant mon inspection, à mon grand soulagement, aucune trace de brûlures, encore moins de fusion ou d’échauffement. Seule en tête de mât l’antenne RR, qui aura servi de paratonnerre, a été détruite et l’électronique éclatée avec des fils de cuivre fondus à l’intérieur du boîtier. En pied de mât, sous le pont, la masse des câbles qui descendent du mât (antennes, radar, Navtex, feux, girouette, anémomètre…) est apparemment intacte. Le radôme du radar à hauteur de la deuxième barre de flèche et l’antenne du Navtex à la hauteur de la première barre de flèche sont intacts apparemment. Les gros courants se seront écoulés probablement à la mer par les haubans, le mât et la coque métalliques. Qu’en est-il de l’électronique ? Là les dégâts sont lourds : impossible de mettre en route le PC bord, le radar, le pilote électrique, le pilote hydraulique, les postes de radio, la liaison Internet par satellite.

Nous allons donc appareiller à l’ancienne sans toutes ces aides bien utiles mais non indispensables, retrouver les quarts à barrer à la main, l’absence de liaisons avec la terre (sauf près des caps où nous pourrons donner des nouvelles par les téléphones portables ou dans les ports où nous connecterons le PC de secours du bord par WiFi). Nous disposons encore de la centrale de navigation (anémomètre, girouette, sondeur, loch), de la cartographie et des GPS, de la VHF commutée sur l’antenne de secours du portique arrière, de l’Activ’Echo de radar et bien entendu du gros compas de route. Nous ne sommes donc pas à la rue.

Je me mords les doigts de n’avoir pas déconnecté avant de quitter le bord au niveau du coffret de connexion sous le pont, au voisinage du pied de mât, coffret que j’ai pourtant spécifié et fait installer dans ce but, l’ensemble des antennes qui y transitent.

Cette négligence va me coûter cher. Chers ami(e)s, pensez-vous toujours à déconnecter les antennes et câbles qui parviennent à votre TV ou à votre ordinateur par temps d’orages ?

Quelques courriels envoyés à Pochon, l’installateur de mon électronique, à La Rochelle, préparent le terrain et les commandes pour les réparations les plus urgentes qui seront faites je l’espère par leur nouvelle agence de Martinique pendant la dernière semaine d’Avril( compte tenu des courts délais disponibles car il faut gerber des Caraïbes et Bahamas avant l’ouverture de la saison des cyclones que la NOAA américaine commence à surveiller en permanence à partir du 1er Juin, tout ne pourra être fait à cause des délais d’approvisionnement des équipements qu’il faudra remplacer lorsque les pannes auront été localisées) . J’aimerais bien alors récupérer au minimum le radar, un pilote automatique et la liaison Internet précieuse, non seulement pour communiquer, mais surtout pour recevoir en mer les cartes météo. Sera-ce possible ? Nous verrons bien. Je mettrai à profit les deux mois d’estive de Balthazar dans la baie Chesapeake, à

côté de Baltimore, pour finir le boulot. Il y a là en effet d’énormes marinas pleines de gros bateaux bourrés d’électronique. J’y trouverai certainement les spécialistes et les équipements manquants. Au pays de l’Oncle Sam on ne plaisante pas avec la logistique.

Mais j’entends Anne-Marie me redire gentiment : « BALTHAZAR, ce n’est pas ta danseuse, c’est ton corps de ballet ! ». La franchise pour une police d’assurance « Tour du monde », valeur à neuf, incluant les régions extrêmes comme l’Antarctique, pour un bateau de la taille de BALTHAZAR est en effet très élevée et dimensionnée pour de grosses avaries ou la perte du bateau. Ce coup là sera mis sur le compte du corps de ballet !

Samedi 19 mars 11H15 Les papiers faits, la marina payée, des fichiers gribs météo à 5 jours récupérés sur une clé USB dans un cybercafé et chargés sur le PC de secours nous sommes parés au départ. A larguer les amarres !

C’est le grand beau temps et après la longue descente (10 milles) du chenal de Rio Grande nous trouvons à la sortie un vent de SE 10 à 12 nœuds. Balthazar file bien cap au NE sur cette mer peu agitée au petit largue tribord amure. C’est reparti. Peu à peu l’équipage retrouve les sensations et le rythme de barrer en permanence, tour à tour.

Nuit splendide sur une mer argentée par une pleine lune. Petit à petit le vent refuse et nous obligerait à aller à la côte si nous devions poursuivre au prés serré. Moteur. Un contre courant favorable (proche d’un nœud) près de la côte nous évite de refouler l’eau du courant général du Brésil qui descend plus au large vers le Sud (ce courant est alimenté par le courant équatorial créé par les alizés ; ce courant équatorial se divise en arrivant à la pointe NE du Brésil en deux courants : celui-ci et le courant des Guyanes plus puissant qui remonte la côte NE du Brésil au large de l’Amazonie pour doubler ensuite les Guyanes et alimenter le Gulf Stream dans une grande boucle sans fin).

28°54’S 48°53’W Lundi 21 Mars 8h34 (TU-3). Balthazar file maintenant à près de 7 nœuds sur une mer moins agitée face à une petite brise pour aller doubler le Cap de Santa Martha. Hier après-midi et cette nuit le vent avait fraîchi à force 5 en venant bien de bout sur notre route. Une mer aux vagues courtes sur ce plateau continental peu profond (une cinquantaine de mètres) ralentissait notre progression au moteur. Cette nuit nous irons accoster à Porto Bello, au Nord de Florianopolis, pour permettre à l’équipage de souffler. Nous pourrons ainsi communiquer et, je l’espère, récupérer sur une clé USB les fichiers météo qui couvriront notre route jusqu’à notre prochaine escale de Rio de Janeiro.

Les familiers de BALTHAZAR se demandent peut-être qui est ce Marco qui vient de faire son apparition sur le rôle d’équipage ? Eh bien je vous le présente .

Marco Jaffrezic est un breton dans la soixantaine, aux cheveux et à la barbe grisonnante, râblais, jeune retraité de l’armement à la pêche au thon CMB où il a fait toute sa carrière. Habitant à côté de Concarneau, où se trouve le siège de CMB, il était Directeur Technique pour gérer et traiter une flotte d’une quinzaine de gros thoniers de 60 à 90 mètres opérant actuellement aux Seychelles. Il nous raconte les nombreux problèmes techniques qu’il avait à traiter dans le domaine de la propulsion, de l’hydraulique, de la détection, de la conservation…Je suis sidéré d’apprendre la complexité et la technologie embarquée sur les bateaux de pêche moderne : moyens pour déployer et piloter d’immenses sennes de 1800 mètres par 300 mètres de profondeur(capteurs Scanmar mesurant les vitesses et profondeur de chute…) , utilisation de radars en bande S pour détecter et voir au loin les oiseaux marins qui signalent les bancs de thons, utilisation d’imagerie satellitaire pour détecter au loin la couleur de l’eau et les températures (le thon aime l’eau chaude mais son gibier l’eau froide, donc les grands bancs de thon se tiennent le plus souvent à la lisière de ces eaux), de l’altimétrie satellitaire pour voir les collines et les vallées de la surface de la mer, cartographiant ainsi les courants (ces données satellitaires sont traitées à Concarneau et diffusées aux thoniers), utilisation de skiffs, sortes de petits remorqueurs(1000 chevaux et 10 tonnes de traction quand même) qui aident leur bateau mère à manœuvrer pendant la récupération des sennes… Chaque pochetée fait actuellement la centaine de tonnes de thon, les grosses étant de 300 tonnes, J’apprends avec plaisir que la gestion du gasoil pour ces flottes très évoluées et managées de très près est faite sérieusement : utilisation d’économètres, hélices carénées….Nous en parlons pendant les heures de quart de nuit car il a beaucoup d’histoires très intéressantes à nous raconter. Il faut beaucoup de savoir et d’art pour commander un tel bateau de pêche. Les meilleurs patrons sont d’ailleurs payés les bonnes saisons de pêche près de 20.000€ par mois.

Merci Marco de nous enrichir de ton expérience. Le grand périple de BALTHAZAR en Antarctique et le long des Amériques ayant épuisé mes équipiers habituels j’ai en effet pour la première fois fait appel à la bourse aux équipiers de l’association des hauturiers français (voir le site Sail the World). Grâce à elle nous avons pu nous rencontrer. Grâce à tes nombreuses navigations en voilier vers les Açores (secrétaire de plusieurs courses du jasmin), la Baltique et en Bretagne tu as très rapidement trouvé tes marques à bord.

Mardi 22 Mars par 27°08’S 48°32’W 4h15 l’ancre plonge dans une petite anse très protégée derrière une île où se trouve la marina de Porto Bello, au Nord de Florianopolis. Nous y trouverons de la Wifi pour communiquer, un hâvre de repos et, peut-être, quelqu’un pour dépanner notre pilote automatique Raymarine. Barrer pendant des milliers de milles ce n’est quand même pas le pied !

Allons d’abord faire dodo. Réveil à 9h au milieu de la végétation tropicale qui recouvre les collines sauvages devant une jolie petite marina très léchée et fleurie. Après un solide petit déjeuner le zodiac rapidement gonflé nous amène au bureau de la marina. Après des échanges laborieux dans un brésilien imbaisable nous comprenons que justement des techniciens de Marine Express, agents de Raymarine, interviennent en ce moment dans la marina. Le responsable de la marina nous conduit très gentiment à eux. Malheureusement ils sont surchargés de travail pour une semaine mais téléphonent à leur patron, à Florianopolis pour demander l’accord pour intervenir en priorité sur Balthazar. Une voix revêche refuse et nous convenons avec eux que le mieux est de nous rendre à Santos, premier port du Brésil, directement relié, à l’intérieur des terres, à Sao Paulo le cœur industriel du Brésil.

A cheval ! ou plutôt à lever l’ancre à regret de ce très bel endroit où nous aurions bien relâché 48 heures et piquer un plongeon dans cette eau chaude et attirante.

A 16h45 nous dérapons l’ancre cap au NE sur Santos.

Jeudi 24 Mars. Nous apercevons au loin dans la nuit les feux d’une cohorte de cargos au mouillage attendant leur tour pour entrer dans le vaste canal le long duquel s’étirent les quais du Porto. Exceptionnellement je ralentis notre marche au moteur pour attendre le lever du jour car le chenal et l’entrée du port sont parfaitement signalés mais la Porto Asturias Marina est situé au fond d’un bras non balisé et mal cartographié. Le jour se lève vers 6h15 et éclaire notre approche finale. La baie de Santos s’ouvre devant nous et au loin la longue ligne de gratte-ciels qui bordent l’immense plage de la ville s’éclaire progressivement en rose au lever du soleil. Aperçues les bouées d’entrée du chenal. A se parer en bordure de celui-ci des monstres qui sortent ou nous rattrapent. Après avoir doublé une vieille Fortaleza (forteresse) du XVIIième qui en contrôlait l’accès, nous nous engageons dans le canal du Porto, laissons à bâbord la ville de Santos construite dans une boucle, et apercevons au loin sur l’autre rive, derrière des frondaisons tropicales, les hangars bleus du chantier de la marina. A embouquer à tribord le deuxième bras. Nous sommes maintenant dans la mangrove, des hérons se promènent sur les rives rapprochées.

A 7h par 24°00S 46°18’W l’ancre plonge pour venir culer au ponton d’accueil d’une luxueuse marina.

Celle-ci a été construite par le navigateur brésilien Amyr Klink, gloire nationale qui a eu le talent de transformer en millions de Réals sa célébrité acquise au cours de longues navigations, dont un hivernage à Port Lockroy que nous visitâmes pendant notre périple Antarctique. A Port Stanley son célèbre bateau PARATI 1 était au même quai que nous et son sympathique nouvel équipage m’avait aidé pour prévenir la petite marina de Rio Grande de notre arrivée et nous y réserver une place, ce qui n’avait rien d’évident vu sa petitesse.

Un peu plus loin nous apercevons son nouveau bateau,PARATI 2, grosse goélette en aluminium, taillée pour les glaces et les grosses expéditions, ressemblant à TARA, l’ancien ANTARCTICA de Jean-Louis Etienne.

Après un solide petit déjeuner nous déboulons à 9h, dès l’ouverture, dans les bureaux de Marine Express installés dans un des hangars de la marina. Marine Express est agent distributeur et installateur de Raymarine. Après des explications laborieuses en Portugais sur l’electricidad del cielo, heureusement que le sympathique patron a quelques rudiments d’anglais, un technicien vient immédiatement confirmer ce que JP craignait à savoir qu’il faut changer le calculateur du pilote. Leur expliquant que nous sommes là en transit imprévu à cause de cet incident technique et très bousculés par le temps ils se mobilisent pour faire venir de Florianapolis par avion puis coursier un calculateur de remplacement. Dès le lendemain Vendredi en fin de matinée le calculateur est installé et câblé. Là les choses se gâtent sérieusement. Nous voyions immédiatement que le technicien, avec lequel nous sommes incapables d’avoir un échange compréhensible, est très pressé et ne respecte pas la procédure détaillée de Raymarine, procédure dont il ignore l’existence et qui précise les paramétrages et essais à faire à quai puis en mer pour contrôler les signes et calibrer notamment le gyrocompas par des boucles et des manœuvres. Nous commençons à nous énerver quand après avoir pianoté à toute vitesse il demande de partir directement en mer en sautant les vérifications à faire à quai, en particulier le contrôles des signes. Nous lui imposons un test minimum à quai qui montre immédiatement une inversion de polarité de la commande d’embrayage du pilote. Penaud mais pas désarçonné il redemande de partir en mer immédiatement après la correction de polarité de cette commande en bâclant les autres contrôles à faire pas à pas et qu’il prétend faire à toute allure comme un acrobate incontrôlable. Nous partons en mer pour la calibration très énervés et peu rassurés par ce manque de rigueur. Ce qui devait arriver est arrivé : à l’issue de la boucle complète de calibration et la mise en place des paramétrages le technicien quitte le mode calibration pour passer en mode Auto (pilotage), en quelques secondes la barre part en butée et deux détonations sèches ponctuent la rupture des deux croisillons de cardans de la transmission. Retour à la marina, ambiance… J’aurais mangé cet « expert » qui ne voulait rien entendre et qui ne sait pas ce que c’est qu’une procédure.

Nous aurions dû nous-même faire réciter et dérouler la check list des contrôles à faire à quai : elle précisait clairement en particulier de faire le contrôle de la bonne polarité du câblage du moteur en étant sur ses gardes si l’envoi d’une commande +10° faisait partir la barre dans le mauvais sens, et être prêt à stopper immédiatement avant la butée mécanique. Il me montre qu’il avait réglé la butée électrique à 22° (la butée mécanique est à 36°) mais elle n’a pas fonctionné. Nous éclaircirons cela lors de la prochaine réception que nous ferons faire pas à pas selon nos instructions en suivant la procédure de Raymarine. Etait-t-elle désactivée en mode calibration ? Le calculateur, trompé par l’inversion de polarité a-t-il cru qu’il s’en éloignait ?

Alexandre (Merdrignac) j’ai pensé à toi. Je me souviens que ce solide ancien quartier maître de la Royale, chef des opérations du premier lancement d’ARIANE L01, se bagarrait avec les brillants ingénieurs de l’Aérospatiale qui trouvait superfétatoire, voire très difficile à réaliser, un essai physique permettant de vérifier qu’en faisant tourner la centrale gyroscopique située en haut du lanceur dans un sens les tuyères des moteurs du premier étage tournaient bien dans le bon sens, garantissant qu’il n’y avait aucune erreur de signes (de polarités) dans les nombreuses connexions le long du lanceur. J’avais dû intervenir pour imposer ce contrôle à l’Aérospatiale réticente. Voir Ariane partir dans la jungle au lieu d’au-dessus de l’Océan aurait quand même fait désordre. C’est arrivé (voir loi de Murphy) plusieurs fois dans l’histoire de l’astronautique. Jean-Marcel, dit Sam (Agasse), après avoir dirigé brillamment avec une rigueur draconienne les opérations de préparation et lancement d’Ariane pendant de nombreuses années, tu pourrais distraire ta retraite en formant au respect des procédures beaucoup de techniciens de l’industrie nautique.

Samedi 26 Mars 11H. Les nouveaux croisillons de cardan usinés avec soin par un tourneur du lieu sont là ; les engrenages du renvoi d’angle révèlent un point dur et au démontage des dents marquées par le blocage ; elles sont adoucies délicatement par le même artisan qui redonne un poil de jeu pour que le renvoi d’angle fonctionne à nouveau correctement. Le tout est remonté par nos soins. Un simple test immédiatement après nous montre bien l’inversion de polarité. Nous ne touchons pas au câblage du calculateur car nous voulons faire le constat

en présence de Marine Express dès Lundi matin. L’optimisme revient ; nous prévoyons déjà le départ pour Lundi après midi après un complément de recette du pilote avec Marine Express.

Mais c’est alors que jaillit la flèche du Parthe : la détonation sèche du croisillon qui casse me fait brutalement sursauter alors que je vaquais ! JP n’y tenant plus d’attendre venait sans me prévenir de mettre le pilote sous tension pour faire je ne sais quelle manip. Croyant avoir pris les marges et précautions nécessaires ce garçon trop intelligent s’est fait à nouveau piéger ! Il faut dire que c’est jouer au con que de maniper avec un calculateur qui déjà ne s’y retrouve pas quand la barre fout le camp dans la direction opposée à ce qui devrait être. Tout le travail de remise en état de la transmission à refaire une nouvelle fois ! JP qu’est-ce qui t’a pris ? C’est le seul cri de désespoir que je lance à cet ami que j’apprécie énormément. Nous restons ensuite sans voix….

Mais les marins cela doit avoir la peau dure. JP trois Caïpirinhas !

Hier Dimanche 27 Mars nous avons visité Santos. Nous longeons une superbe et très longue plage (4 kilomètres environ) bien aménagée, bordée par un vaste terre plein planté d'arbres tropicaux et soigné (trottoirs carrelés pistes cyclables, douches en plein air pour les baigneurs....). Ce "longomare" est bordé d'immeubles hauts et chics, on voit que le Brésil atteint rapidement en certains endroits le statut de pays développé. Après avoir visité l'ancienne bourse du café, superbe bâtiment transformé maintenant en musée du café, café qui a fait l'essor du port de Santos avant que l'industrie de Sao Paulo prenne le relais, nous avons marché quelques kilomètres le long de la plage avant de nous offrir une très bonne churrascaria. Repus de viandes et de hors d'oeuvre de toutes sortes nous sommes rentrés à bord pour faire une grosse sieste.

Vous voyez que nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur!

Mardi 29 16h Le pilote est enfin réceptionné et opérationnel, les pleins sont faits ainsi que les provisions pour une longue bordée. L’objectif peu aisé est de faire 1400 milles en une dizaine de jours pendant lesquels il nous faudra négocier avec les alizés mal orientés jusqu’au Nord de Salvador de Bahia et avec le courant contraire du Brésil, en quittant le tropique du Capricorne pour rejoindre l’équateur et le fleuve Paraiba où nous rejoindrons à la petite marina de Jacaré autour du 7 Avril Mimiche ainsi que Jacques et Martine Bouchet. Eux s’y rendent actuellement depuis Kourou dans un trajet improbable à travers l’Amazonie et le NorEste. A border la grande écoute !

Expédié de Santos (Brésil) le Mardi 29 Mars 2011

Aux parents et ami(e)s qui nous font la gentillesse de s’intéresser à nos aventures nautiques